Sur la table de Studio Yafa chaque samedi, un sujet de société en débat. Des avis opposés, un débat houleux, des idées défendues dans la courtoisie. 50 minutes de débat par semaine (25 minutes en mooré et une autre langue).

Moustapha Konté, jeune marié, Raïssa Zoungrana chargée de projet et Aicha Tamboura, enseignante à l’université n’ont pas les mêmes points de vue sur la polygamie. Intraitable sur sa position, Raissa Zoungrana estime qu’il faut que les normes sociales changent. Pour Moustapha Konté, jeune marié, les hommes sont de nature polygames. « Je sais qu’avec le temps, si mes conditions financières s’améliorent, je vais prendre une autre femme ». Aïcha Tamboura reconnait que la vie dans un foyer polygame n’est pas facile. « Même en islam on dit que l’homme peut épouser jusqu’à 4 femmes, à condition d’avoir de l’équité dans la manière de s’occuper et de gérer ses femmes. Si on veut voir réellement, les principes ne sont pas respectés », explique-t-elle.

« Mais nous ne devons pas flatter les élèves », estime le représentant du ministère en charge de l’éducation nationale sur le plateau de Ya’Débat. Il poursuit en expliquant que l’éducation n’est pas un acte aussi démocratique où l’avis de l’élève doit forcément être pris en compte. « (…) On ne fait pas ce que l’enfant veut, on fait ce qui est bien pour lui (…) », tranche l’invité. Parent d’élève, Aline Yago n’est pas d’accord. Elle ne nie pas qu’en tant que responsables, décideurs, les autorités doivent faire des choix pour les élèves, mais elle regrette la manière de le faire. Attention ! Alerte pour sa part Sibiri Kiénou, professeur certifié des lycées et collèges. Dialogué oui, mais jusqu’à quel niveau, se demande-t-il.

Les invités de Ya’Débat sont divisés sur le déguerpissements des commerces dans certaines communes de Ouagadougou. « Les déguerpissements vont détruire l’économie locale déjà en souffrance » défend le représentant du secteur informel. La voie publique, réplique un autre invité sur le plateau du débat, ne saurait être transformée en rue marchande et aucun pays ne s’est développé dans le désordre et l’anarchie.

« On n’achète pas une femme, elle n’a pas de prix dans la tradition. Au lieu de dire payer la dot, on doit dire honorer la famille », souligne Naba Saga 1er, chef de Issouka de Koudougou, lors du débat hebdomadaire de studio Yafa sur la dot. Il faut remarqué que la dot a surtout une valeur symbolique. « Il y a des cas où c’est de la cola, du sel, une poule, un mouton ».
Naba Saga était sur le plateau avec Edith Diarra étudiante et militante de femin-in et Wendlamita Marino Compaoré, chargé de cours de philosophe et d’anthropologie du droit.

Gouasso Yabré s’assume. Il dit être un adepte de la religion dite traditionnelle. Le jeune homme affirme constater que de plus en plus, de jeunes comme lui se « libèrent » des religions dites révélées pour retourner vers l’authenticité, les pratiques endogènes. «On continue de diaboliser, on brûle les fétiches sous prétexte que c’est satanique. C’est ce qui nous a frustrés(…) il n’y a pas de raison qu’on se provoque en public. Ce sont des actes ostentatoires qui doivent être sanctionnés. Ça pourrait créer des dérives », prévient le jeune adepte de la religion traditionnelle. Il était invité sur le plateau de Ya’Débat du vendredi 7 mai avec Dr Miédome Kam, anthropologue, Henry Paré, jeune catholique membre du buisson ardent.

« (…) la sécurité au niveau de la zone dite des trois frontières (Burkina Faso, Mali, Niger) doit reposer d’abord sur les armées des pays concernés et non sur l’armée tchadienne », affirment des invités de Ya’Débat du vendredi 30 avril. Mahamoudou Savadogo, expert en sécurité, l’un des invités, déplore la stratégie du G5 Sahel et de la communauté internationale qui repose sur l’armée tchadienne. « La mort d’Idriss Déby met mal à l’aise la communauté internationale et empêche les autres Etats de dormir », soutient l’expert en sécurité.

Marcus Koama, jeune marié vivant en famille avec son épouse était face à Laure Soaré, une jeune dame qui a une mauvaise expérience de la vie de couple en grande famille. Les deux jeunes mariés ont défendu leurs arguments en présence de Naaba Boalga, socio-anthropologue et chef traditionnel de Dawelgué.

« Nos hôpitaux sont gravement malades. Ce n’est pas exagéré de dire que nos hôpitaux sont des mouroirs, même si c’est un terme qui choque », constat implacable du jeune médecin anesthésiste réanimateur au centre médical avec antenne chirurgicale de Bogodogo, Harouna Louré. Il était sur le plateau de Studio Yafa ce vendredi 17 avril avec le directeur de l’offre des soins du Burkina Dr Salif Sankara et une jeune citoyenne. Tous sont unanimes : les hôpitaux ne disposent pas d’infrastructures adéquates pour optimiser l’utilisation du matériel acquis.

« J’ai vu que mon pays a un problème d’unité, il y a trop de haine, les gens s’entre-déchirent. J’ai fais mon festival, pas pour gagner de l’argent(…) Le Burkina est déchiré actuellement, on appelle les gens à se pardonner », a expliqué Bass Mandelson, invité de l’émission hebdomadaire Ya’Débat. Son explication ne convainc pas Dr Jacob Yarabatioula, enseignant chercheur et écrivain qui lui, parle plutôt parle d’opportunisme. « C’est de l’opportunisme pure. Il a saisi une situation de notre pays déchiré pour créer son festival. Si le contexte s’améliore, tu disparais ». Alassane Kéré, journaliste culturel ne se fait pas d’illusion. Observateur averti de l’univers des festivals, il conclu que ces festivals sont en réalité des niches d’argent.
Pour les invités de Ya’Débat du vendredi 2 avril, l’impact des festivals est minime sur la culture burkinabè.